Nous quittons la jungle karstique de Parc national de Khao Sok encore enveloppés de brume pour rejoindre la province de Ranong et sa mangrove. Les falaises calcaires disparaissent peu à peu dans le rétroviseur et la route s’étire vers l’ouest. 3h de trajet. Des plantations de palmiers à huile à perte de vue. Parfois un temple doré surgit entre deux collines, parfois une pisciculture rectangulaire casse la monotonie.
Au départ, Ranong n’était qu’une étape pour prendre un speedboat direction Koh Phayam. Mais finalement, on s’est dit qu’on allait passé un peu plus de temps dans cette région très peu touristique.

Sommaire
- Province de Ranong : carte d’identité (frontière, climat, culture)
- Séjour au Glamping Ranong : rivière, isolement… et visite surprise
- Canoë dans la mangrove : immersion naturaliste
- Ornithologie à Ranong : espèces observées et comportements
- Ville de Ranong : Nouvel An chinois, street food et ambiance de frontière
- Port de Ranong et départ pour Koh Phayam
- Conseils pratiques à Ranong (transport, sécurité, timing)

Province de Ranong : carte d’identité (frontière, climat, culture)
Densité, culture, climat et économie
La province de Ranong est l’une des moins peuplées de Thaïlande. Environ 190 000 habitants pour un territoire étroit coincé entre la mer d’Andaman et la frontière birmane. Elle fait partie de la région sud du pays, sur la côte occidentale.
La ville principale, Ranong, compte environ 25 000 à 30 000 habitants. C’est une ville frontière, fonctionnelle, dense, bruyante, vivante. Elle a une importante communauté sino-thaïlandaise, héritée des migrations liées à l’exploitation minière de l’étain au XIXe siècle. La ville possède aussi des sources chaudes naturelles, moins connues que celles du nord du pays, mais utilisées localement.
La population est majoritairement bouddhiste, mais la communauté musulmane est bien représentée, notamment dans les zones rurales et côtières. Les mosquées ponctuent les villages. Les processions de mariage musulman croisent les cortèges bouddhistes en robe safran. L’héritage sino-thaïlandais, issu des migrations liées à l’exploitation de l’étain au XIXe siècle, reste visible dans l’architecture, les commerces et les célébrations du Nouvel An chinois.
Le climat est l’un des plus arrosés de Thaïlande. Ranong revendique fièrement être la province la plus humide du royaume. Les précipitations annuelles dépassent souvent 4 000 mm. Résultat : une forêt tropicale dense, des rivières abondantes, une mangrove encore étendue.
Côté économie, la population vit principalement de la pêche, de l’aquaculture, des plantations d’hévéas et de palmiers à huile.

Frontière avec la Birmanie : échanges, vigilance et réputation
La province s’étire le long de l’estuaire du fleuve Kraburi, qui marque la frontière naturelle avec la Birmanie (Myanmar). De l’autre côté, on distingue les collines birmanes. Cette proximité a façonné l’histoire locale : migrations, échanges commerciaux et tensions ponctuelles.
Le passage frontalier vers Kawthaung est actif, mais la région traîne une réputation un peu rude. La région a longtemps été associée à la contrebande et aux tensions liées aux flux migratoires. Contrebande, travailleurs migrants, pêche illégale… Les autorités thaïlandaises maintiennent une vigilance constante. Rien d’inquiétant pour un voyageur attentif, mais Ranong n’a pas le vernis des stations balnéaires thaïlandaises.

Séjour au Glamping Ranong : rivière, isolement… et visite surprise
Nous avons choisi un hébergement excentré, à environ 40 minutes au sud de la ville : un glamping installé au bord d’une rivière. Très excentré, on est perdus dans la mangrove.
Mais l’accueil est chaleureux. Jus de citron offert — après 15 minutes d’attente, le temps thaïlandais s’écoule autrement. On nous demande immédiatement de commander le dîner : la cuisine ferme à 17h et le premier restaurant est à 5 km à pied. Sans scooter, on est dépendants.
Une adolescente d’une douzaine d’années transporte nos bagages en tuk-tuk jusqu’au bungalow. Elle ne parle quasiment pas anglais. Google Traduction devient notre troisième colocataire.
À l’intérieur, surprise. Un immense gecko tokay. C’est un lézard nocturne impressionnant, bleu-gris ponctué de taches orange. Il peut atteindre 30 à 35 cm. Il est territorial. Et il mord.
Le grand frère arrive avec une pince qui tient du tabac. Il le frotte sur le nez de l’animal pour le rendre moins vif. Puis il l’attrape par la peau du cou, avec la pince, et le dépose dehors.

On se pose 5 minutes dans ce joli bungalow pour souffler un peu, puis nous descendons à la rivière observer les oiseaux. L’adolescente revient, intriguée par mon appareil photo. Je le lui confie. Elle nous photographie, puis photographie ses chiens, puis les voisins, puis le chat… Elle pose ensuite comme une star devant l’objectif.
Les enfants entrent parfois sans prévenir dans le bungalow. Hubert aimerait un peu de calme. Il faut répéter plusieurs fois que nous allons sortir, que nous ferons des photos plus tard. On est chez eux, littéralement.


Canoë dans la mangrove : immersion naturaliste
Le lendemain matin, petit déjeuner qui réveille les papilles : riz à l’eau avec poisson cru. Puis beignets sucrés. On s’y fait et commandons la même chose pour le lendemain matin. Finalement, le lendemain matin, nous aurons un American breakfast avec pancakes, jambon et saucisse dont le chien de la famille vient me débarrasser facilement. J’espère qu’ils n’ont pas interverti notre commande avec celle d’un couple du bungalow voisin, ça va leur faire bizarre s’ils doivent manger du poisson cru et du riz bouilli à la place.

À 9h, nous embarquons en canoë. La marée est descendante. Le courant nous porte doucement vers le delta. Nous passons sous le pont routier. Des pêcheurs, torse dans l’eau, tirent leurs filets entre des pieux plantés dans la vase. C’est la méthode traditionnelle adaptée aux estuaires : à marée basse, les limons apparaissent et les poissons se concentrent dans les chenaux. C’est le moment pour tirer les filets et s’assurer de bonnes prises.

Un groupe de macaques crabiers (Macaca fascicularis) observe la scène depuis la mangrove. Ces macaques sont opportunistes et omnivores, sociaux, parfaitement adaptés aux milieux côtiers. Ils consomment crabes, mollusques, fruits et parfois poissons abandonnés.

Ornithologie à Ranong : espèces observées et comportements
Plus loin, des crabiers et des aigrettes décollent à notre approche. La balade en canoë devient inventaire naturaliste (que vous pouvez d’ailleurs retrouver sur INat).
La mangrove est un écosystème clé : nurserie pour poissons, filtre biologique, barrière naturelle contre l’érosion et les tempêtes. En Thaïlande, elle a fortement régressé au profit de l’aquaculture et de l’urbanisation côtière. Sur la berge, un Ecureuil arboricole à ventre gris file le long d’une branche.

Passereaux des bois
En lisière de la mangrove, on rencontre des bulbuls, un drongo royal, des souimangas… Un Loriot de Chine et son plumage jaune éclatant enchante la mangrove de ses vocalises flûtées. Un Shama dayal, chanteur remarquable plus discret dans son costume noir et blanc, rivalise de notes, caché dans le sous-bois dense. Un mâle Dicée à ventre orange défend farouchement son perchoir fleuri. C’est un petit nectarivore aux reflets métalliques.






Oiseaux d’eau : aigrettes, bec-ouvert indien et crabiers
Dans la vase fraichement découverte, pataugent des Aigrettes garzettes, tandis que les Grandes aigrettes, patientent avant une frappe éclair sur le petit poisson ou la grenouille repéré.
Un Bec-ouvert indien spécialiste des mollusques surveillent la scène depuis sa branche. Son bec entrouvert est adapté pour extraire les escargots.

À 19h, il fait nuit noire depuis longtemps. Les sons d’insectes saturent l’air.
Le lendemain, je profite du lever du soleil suivant pour enregistrer les chants d’oiseaux. La lumière est douce, la rivière calme mais les étourneaux déjà bruyants.

Ville de Ranong : Nouvel An chinois et ambiance de passage
Après cette pause campagnarde, nous filons vers la ville de Ranong à 40 minutez de route. Deux camions renversés sur la route principale ralentissent l’entrée en ville. Le détour devient visite improvisée.
Nous ne passerons qu’une soirée et une nuit en ville : nous avons prévu de prendre un speedboat demain matin pour l’île de Koh Phayam.

Ranong, la ville frontière
La ville de Ranong compte environ 25 000 à 30 000 habitants et n’a rien d’une carte postale. Notre hôtel se situe près de la gare routière, en périphérie. Zone réputée “pas idéale” côté sécurité à cause de la proximité birmane. Nous marchons environ deux kilomètres vers une rue plus animée. Circulation dense. Scooters, tuk-tuk, pick-up. Les immeubles délabrés alternent avec des magasins neufs. Les câbles électriques font office de guirlandes au-dessus des trottoirs. Le Nouvel An chinois bat son plein et illumine les ruelles de lampions rouges. Tous les occidentaux ont disparu.
Nous marchons dans Ranong sur 2 km pour trouver un restaurant avenant et gouter les spécialités locales. Ce soir au menu, ce sera crevettes au tamarin, salade de papaye pimentée, soupe au lait de coco. On a choisi le dessert “dragon balls”, des boules sucrées et colorées, parce que le nom nous faisait rire et clairement pas pour l’intérêt gustatif…

Proximité avec la Birmanie oblige, certaines zones périphériques sont moins recommandées la nuit. Nous rentrons sans encombre, mais l’ambiance diffère vraiment des stations balnéaires.

Port de Ranong et départ pour Koh Phayam
Le lendemain matin, nous filons à l’embarcadère de Ranong.
La circulation est déjà dense, les étourneaux donnent de la voix. Les écureuils courent sur les fils électriques. Drôle de mélange. Le petit déjeuner est composé de poissons séchés, de radis en pickles brouillés avec des œufs et de porc en sauce, ça réveille l’estomac et les papilles.
À 8h, un taxi nous emmène au port de Ranong. Nous croisons des minibus remplis d’écoliers en uniforme. D’autres enfants bouddhistes se rendent au temple accompagnés de leur père aussi drapé d’une tunique orange.
L’embarcadère sent affreusement le poisson pourri. Il domine la mangrove. Je tente de faire passer mes hauts le coeur en photographiant les aigrettes et les hérons qui pataugent.
Le bateau réservé à 9h n’existe pas en fait. Nous devons attendre celui de 9h30. On s’habitue doucement à l’odeur. Les long tail boats posés sur la vase sont chargées de kilos de victuailles et d’eau en direction des îles. À leur proue, sont accrochés des bouts de tissus colorés et de l’encens brûle : on n’est jamais trop prudent ni trop superstitieux en mer.
À 9h30, le bateau qu’on attendait n’existe pas non plus. On nous fait monter dans un minibus. Et moi qui croyait embarquer pour aller sur une île ! Il nous dépose à un autre embarcadère d’où une odeur encore plus forte de poisson pourri émane. Nous embarquons vite sur le speed-bot amarré au milieu des bateaux de pêche et jetons les amarres. Seulement 40 minutes de navigation sépare Koh Phayam, île paradisiaque, du continent malodorant.

Conseils pratiques à Ranong (transport, sécurité, timing)
- Hébergements excentrés en province = scooter indispensable. Sinon, dépendance totale aux taxis et aux horaires locaux.
- Rester dans les zones animées en ville. Éviter les ruelles isolées tard le soir. Rien d’alarmant, simplement du bon sens.
- Saison sèche de novembre à avril plus agréable. La mousson peut rendre la mer agitée pour la traversée vers Koh Phayam et les routes très humides.


Ce séjour dans la Province de Ranong fut déconcertant : nous l’avons vécu comme une pause imposée dans notre road-trip. Coincés dans la campagne sans moyen de locomotion, nous avons dû ralentir le rythme et parcourir une zone très rurale avec les moyens du bord, à pied ou en canoë. Avec du recul, ces quelques jours nous ont permis de faire de belles observations ornithologiques et des rencontres authentiques. Et m’ont permis de prendre le temps de faire quelques aquarelles.
On se souviendra des petits-déjeuners de poisson cru flottant dans du riz trop cuit, et des ces gamins isolés, raccordés au monde grâce à leur téléphone -et TikTok- avide de découvrir la culture des gens qui passent devant chez eux. Et de l’odeur de la vase, quand ce n’est pas celle du poissons pas frais…
Après ces quelques jours dans la mangrove, il est temps de continuer le périple sur une île paradisiaque. Koh Phayam, réputée très peu touristique, nous attend dans cet article, avec ces plages de sable blanc et son eau turquoise !
FAQ
Ranong vaut-elle le détour ?
Oui, si l’on s’intéresse à :
- la nature et aux mangroves riches en biodiversité,
- la Thaïlande authentique, avec une vie locale qui n’est pas tournée vers le tourisme de masse,
- une culture métissée thaï-birmane et sino-thaïlandaise,
- un accès direct vers des îles encore relativement préservées.
Peut-on visiter sans scooter ?
Possible en ville, compliqué en zone rurale.
Pourquoi s’arrêter avant Koh Phayam ?
Pour explorer la mangrove, observer les oiseaux et comprendre la dimension frontalière de la région.










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