Tenerife Nord : de la forêt d’Anaga, en passant par Puerto de la Cruz jusqu’à Masca

Auteur : Pauline & Hubert

Publié le : 20/12/2025


Igueste, Forêt d’Anaga, La Laguna, Puerto de la Cruz, Icod de los Vinos : une immersion dans la biodiversité et les paysages volcaniques du nord de Tenerife. Sur cette côte, la houle de l’Atlantique est plus présente, les reliefs plus découpés et la végétation plus dense.

Randonnée et Baignade isolée à Igueste

On part randonner au départ d’Igueste, tout au nord de l’île. Le village est isolé, calme, loin de l’agitation touristique. On traverse des potagers, des bananeraies, quelques manguiers et des orangers. Certains habitants entretiennent aussi des ruches. L’ensemble donne une impression très simple et apaisante, et on sent tout de suite un mode de vie encore très lié au territoire.

Dès les premiers mètres, le sentier monte. Et il ne s’arrête pas vraiment: 400 mètres de dénivelé positif sur 2km de grimpette. En chemin, on observe les formations volcaniques, les roches sombres et les lézards de Tenerife, toujours présents, profitant des pierres pour se chauffer.

On entend aussi le serin des Canaries, très vocal. Endémiques de Macaronésie, il est l’ancêtre du canari domestique. Un excellent chanteur, parfaitement à sa place dans ce paysage, bien plus que dans une cage.

Arrivés en haut, le vent souffle fort. Une petite chapelle domine le paysage. On s’arrête pour manger, accompagnés par quelques lézards qui tournent autour du sac. La vue s’ouvre sur l’océan et les reliefs d’Anaga.

La descente vers la mer permet de changer complètement d’ambiance. On croise quelques chèvres, très à l’aise sur les pentes abruptes. Puis la Playa de Zapata apparaît. Une plage de sable noir, accessible uniquement à pied ou par la mer. Aucun aménagement, seulement quelques voiliers au mouillage. Le sentiment d’isolement est total.

Il faut ensuite remonter vers Igueste. La montée est éprouvante, on hésite sur le sentier, la lumière commence à baisser, et on profite d’un magnifique coucher de soleil sur la côte sud.

La forêt d’Anaga : une laurisylve ancienne et une biodiversité remarquable

La forêt d’Anaga donne l’impression d’entrer dans un décor de conte de fées et de lutins. En réalité, on se trouve dans une laurisylve, une forêt subtropicale adaptée à un climat aujourd’hui disparu d’Europe continentale. Ce type de forêt a survécu ici grâce à l’humidité apportée par les alizés et la fameuse mer de nuages. Le sous-bois est tapissé de mousses et de fougères, parfois de taille impressionnante, qui captent l’eau contenue dans les nuages.

Les Lézards de Tenerife (Gallotia galloti) sont partout. C’est une espèce endémique de l’île. Les mâles peuvent atteindre 30 cm, et on les rencontre du littoral jusqu’à plus de 2 000 m d’altitude. Actifs surtout en journée, ils utilisent les roches volcaniques pour se chauffer et s’y réfugier.

On entend également le Rouge-gorge des Canaries, une sous-espèce endémique reconnaissable à sa couleur rouge plus sombre. Très territorial, il fréquente surtout les forêts humides et les pinèdes, où il trouve insectes et abris.

Enfin, plusieurs miradors offrent de superbes vues sur l’océan Atlantique et le Teide, qui domine toujours le paysage en toile de fond.

Un conseil pratique : évitez absolument les week-ends et les vacances scolaires. La route est étroite, les parkings bondés, et certains sentiers peuvent vite devenir saturés.

La Laguna : soirée de Noël dans l’ancienne capitale coloniale

En quittant Anaga, on descend vers San Cristóbal de La Laguna, qui ouvre ce soir-là les festivités de Noël.

La Laguna est l’ancienne capitale coloniale de Tenerife. Fondée à la fin du XVe siècle après la conquête castillane, elle a servi de modèle urbain pour de nombreuses villes d’Amérique latine. Son plan en damier, sans fortifications, était une idée nouvelle à l’époque : une ville pensée pour s’étendre, pas pour se défendre.
En se promenant dans le centre historique, l’architecture saute aux yeux : façades colorées, patios intérieurs, balcons en bois, cathédrale, anciens couvents, maisons nobles.

Ce soir-là, la ville est en fête. Les rues s’illuminent, des concerts s’installent un peu partout, des spectacles de rue surgissent au détour des places. L’ambiance est familiale et très détendue.

Puerto de la Cruz et la côte nord :
d’un port de commerce au tourisme

Puerto de la Cruz est une ville balnéaire directement exposée à l’Atlantique. À l’origine, c’est un petit port de pêche utilisé dès le XVIᵉ siècle comme débouché maritime pour La Orotava, située plus haut dans la vallée. On y exporte alors notamment le vin, très apprécié en Europe.

Pendant plusieurs siècles, le port joue un rôle clé dans le commerce atlantique, avec des escales de navires anglais, hollandais et espagnols.
Aux XVIIIᵉ et XIXᵉ siècles, le commerce décline, mais un autre type de visiteurs arrive : des voyageurs européens, souvent britanniques, attirés par le climat doux. Puerto de la Cruz devient l’une des premières destinations touristiques des Canaries.

Depuis la promenade de San Telmo, on observe l’océan. Les piscines naturelles, protégées par des digues de basalte, canalisent partiellement la houle. Mais la mer reste puissante, et les surfeurs en profitent.
L’ermitage de San Telmo, fondé en 1780, est dédié au patron des marins.
L’église Notre-Dame de la Pointe de France, datant de 1697, possède un plafond en bois de style mudéjar et trois nefs, face à des jardins paysagers.
En ville, les façades colorées et les balcons coloniaux rappellent l’histoire portuaire de Puerto de la Cruz.

Falaises de Punta Juan de Centellas et piscines naturelles

On quitte ensuite le centre pour longer les falaises à Punta Juan de Centella.
Mettez de bonnes chaussures : les sentiers sont étroits et escarpés. Je déteste ce genre de balades à flanc de falaises. Hubert, lui, adore m’y traîner. Les piscines naturelles sont magnifiques, mais elles peuvent devenir dangereuses selon la marée et l’état de la mer.

Côté faune, on observe surtout des pigeons bisets, des lézards de Tenerife et des goélands leucophées, sous-espèce atlantique bien adaptée aux falaises volcaniques et aux zones portuaires. En hiver, lors de fortes houles, il arrive d’observer des goélands marins, plus rares, ainsi que des espèces nordiques de passage comme le goéland cendré ou le goéland brun.
Un peu plus en retrait, au-dessus des cultures, on entend les serins des Canaries. Leur chant accompagne souvent les paysages agricoles du nord de Tenerife.

Icod de los Vinos : le dragonnier millénaire

On continue vers le sud, direction Icod de los Vinos, célèbre pour son dragonnier millénaire (Dracaena draco). Présenté comme le plus vieux du monde, son âge exact reste difficile à déterminer, car il ne produit pas de cernes. Il aurait probablement plusieurs centaines, voire plus d’un millier d’années. Pour les Guanches, il était déjà un arbre sacré. Sa résine rouge, le “sang de dragon”, était utilisée à des fins médicinales, rituelles et commerciales.

On peut l’apercevoir depuis l’église, mais pour vraiment l’observer, on entre dans le jardin botanique (5€). Cela permet de l’admirer sous tous les angles.
Le jardin vaut clairement le détour : palmeraie, plantes endémiques, espèces cultivées, panneaux explicatifs sur la vie locale d’autrefois. On y traverse une petite bananeraie, et même un jardin aromatique entretenu par quelques poules en liberté.

Garachico, Buenavista et route vers Masca

En continuant vers Garachico, ancien port majeur détruit par une éruption volcanique au début du XVIIIᵉ siècle, la côte est aujourd’hui marqué par un rocher isolé, utilisé comme site de nidification par les goélands.

En chemin, Hubert repère un raisinier de mer. C’est l’heure du goûter. Les fruits, s’ils sont propres, peuvent se manger directement. Ils ont un goût légèrement iodé, salé, assez surprenant. Attention aux noyaux.

On reprend la route vers le village de Masca, en traversant le massif montagneux. En montant, deux buses jouent dans les ascendances thermiques.

La route devient très sinueuse. On arrive au minuscule village de Masca. À mon sens, c’est un peu survendu. Les vues sont spectaculaires, oui, mais la conduite sur les routes sinueuses est fatigante, surtout en fin de journée.

Pour continuer la découverte de l’île par le Sud, de los Gigantes jusqu’à Puerto de la Cruz, c’est par ici. Ouvrez grands les yeux, on va voir des dauphins !

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