Pointe sud de la Bretagne : carnet de route venté, iodé et… gourmand !

Auteur : Pauline & Hubert

Publié le : 04/12/2025


Un Chihuahua en cabine et une arrivée à Brest toute grise

Le Volotea Montpellier–Brest atterrit sans encombre, avec Ed la hyène installé en cabine. Premier vol et zéro stress, les friandises distribuées n’y sont pas pour rien ! Brest affiche une palette de gris très assumée, avec un petit grain typiquement breton, nous voilà dans l’ambiance. On récupère notre voiture de location chez Rent Scape. C’est la seule agence qui arrive à nous trouver un véhicule pas trop cher en dernière minute, suite à une erreur de réservation sur Rental Car (c’est le genre d’imprévus qui arrive de temps en temps au duo de têtes en l’air que nous sommes…).

Direction le musée national de la Marine, installé dans le château dont la vocation militaire remonte à 1631 (Richelieu, Colbert, Vauban…). Mais il est fermé le mardi : à ce qu’il parait la visite vaut le détour, il faudra revenir. Autour, la rade de Brest, considérée comme l’une des plus sûres d’Europe, abrite depuis des siècles arsenaux, écoles navales et base stratégique de l’Île Longue. Le centre-ville, lui, ne nous retient pas. Alors cap sur le port de commerce pour le déjeuner.

Côté assiette, on esquive Le Crabe Marteau : 38 € le tourteau, 26 € l’araignée — des tarifs qui feraient pâlir son restaurant jumeau parisien. On file chez le voisin La Maison de l’Océan : choucroute de la mer incroyable, barbecue de poissons franchement top, et un tartare d’algues citron-échalote -végan- dont j’ai piqué la recette à refaire à la maison. En décoration, l’aquarium du resto est occupé par des poissons-clowns, étoiles de mer et chirurgiens : Hub recommence à parler d’Égypte...

Petit Minou, gros rouleaux

Pour la balade digestive, on prend à l’ouest, direction le Phare du Petit Minou. On se gare en contre-bas sur le parking de la plage du Goulet de Brest, qui est aussi un spot de surfeurs.

En montant par le sentier côtier jusqu’au fort et au phare, on tombe sur un exercice militaire grandeur nature : hélico, fourgonnette, zodiacs surveillent l’entrée d’un sous-marin nucléaire dans la rade.

Le phare, mis en service en 1848, s’aligne avec celui du Portzic pour guider l’entrée de la rade. L’ouvrage se dote d’une corne de brume en 1937, s’automatise en 1989, et continue de jouer son rôle lumineux tout en servant de fond très Instagramable (par beau temps) aux amateurs de houle.

L’accès au phare est interdit en cas de tempête : un pont en granit d’une dizaine de mètres au-dessus de la mer enjambe une marmite dans lesquels les vagues s’engouffrent et jaillissent en gerbe. Quelques bourrasques nous décoiffent aujourd’hui, mais on est loin d’un force 10, et déjà les vagues viennent rincer aléatoirement les promeneurs sur le pont.

Un Tournepierre à collier attend une fenêtre sans rafales, pour décoller. Ces oiseaux migrateurs retournent tous les cailloux pour trouver quelques chose à se mettre dans le bec, d’où leur nom.

Presqu’île de Crozon : landes, falaises et récits de mer

On file vers le sud sur la Presqu’île de Crozon. Le vent souffle en rafale, révélant un enchaînement de paysages typiques tout au long du sentier qui mène au Cap de la Chèvre : falaises abruptes et landes atlantiques composées de bruyères et d’ajoncs.

Les remparts se découpent au loin. Leurs silhouettes de fortifications rappellent l’histoire martiale du coin, verrou de l’accès à Brest et ses arsenaux.

Autour de Pen-Hir, les habitants racontent encore comment les rochers du Tas de Pois, dressés comme des dents de granit face à l’Atlantique, ont piégé quantité de navires avant l’ère des aides modernes à la navigation. Les tempêtes d’ouest, en rabattant d’immenses lames sur ces aiguilles minérales, rendaient autrefois l’approche redoutable : pêcheurs, caboteurs et goélettes y ont laissé leur coque, parfois même leur équipage, dans des naufrages qui ont marqué les chroniques locales. Un peu plus loin, dans les anses de Camaret, les silhouettes rouillées de vieux bateaux de pêche témoignent de ces histoires maritimes : certains y ont été volontairement laissés en fin de carrière, d’autres y reposent après avoir été trop abîmés par les années de mer ou les coups de tabac successifs. Le tout compose un paysage portuaire saisissant.

La Crique de la Vierge est moins turquoise que sur toutes les photos d’influenceurs par ce temps grisonnant.

Concarneau by night : Ville close et crêpe du Petit Chaperon Rouge

La soirée se poursuit dans la Ville Close de Concarneau, quasi-déserte hors saison. La forteresse, construite surtout aux XVe–XVIe siècles, reçoit les améliorations de Vauban vers 1692–1699, quand la défense côtière devient une priorité.

La crêpe nougatine-chocolat du Petit Chaperon Rouge clôt admirablement la journée.

Quimper : gâteaux, cathédrale et araignée iodée

A Quimper, la place au Beurre concentre une densité mémorable de crêperies : il y en neuf juste dans cette ruelle pavée, et une trentaine au total dans la ville.
La cathédrale Saint-Corentin, débutée autour de 1239, affiche sa célèbre déviation d’axe (une dizaine de degrés) entre nef et chœur : détail architectural impossible à manquer. Ses flèches du XIXe siècle dominent la ville tandis qu’une statue du roi Gradlon surveille l’entrée.

On passe au-dessus du ruisseau de l’Odet pour se rendre au restaurant le Bar Iodé, avec une araignée de mer énorme pour un prix étonnamment raisonnable.

Annexe gourmande : on fait le plein à la Maison Larnicol — kouign-amann et kouignettes salées. Meilleur Ouvrier de France, on déguste, et on sent clairement la différence, testé pour vous, croyez nous.

Pointe de la Torche : dunes, surfeurs et piafs

La lumière se déploie sur la pointe de la Torche, où des vestiges néolithiques – dolmen à couloir et allée couverte datés d’environ 4500–4000 av. J.-C. – reposent sous les dunes.

Dans les dunes, les hirondelles de rivage creusent des galeries ; à l’avant du cordon dunaire, l’euphorbe des dunes et la roquette de mer stabilisent le sable. Sur la plage, les goélands argentés patrouillent méthodiquement, les tourne-pierres à collier, eux profitent de leur mimétisme dans les rochers pour passer incognitos. L’immense plage est idéale pour se dégourdir les pattes, Ed est euphorique.

Les surfeurs enchaînent les gros rouleaux malgré le temps qui nous a fait hésité à mettre le nez dehors. C’est LE spot de surf breton, avec plus de 350 jours surfables/an.

Huelgoat : granite, mousses et légendes

On quitte l’océan pour une balade dans la forêt d’Huelgoat. Une boucle de 3 kilomètres file sous les chênes, hêtres et châtaigniers poussant littéralement sur un sol de granite fracturé.

Les troncs se couvrent d’un manteau de mousses et de lichens, donnant au sous-bois une ambiance féerique qui rappelle certaines zones de Brocéliande.

Le sentier serpente entre les chaos granitiques, passe par le Menhir aux Sangliers, la grotte d’Arthus, longe la rivière d’Argent avant d’arriver au Gouffre et à la Mare aux Fée… Le coin est truffé de légendes…

Mont Saint-Michel de Brasparts : landes, légendes et altitude

Tour près d’Huelgoat, le sommet du Mont Saint-Michel de Brasparts offre une vision panoramique sur les Monts d’Arrée, culminant à près de 385 m, ce qui suffit à dominer tout le Finistère intérieur. La chapelle Saint-Michel, construite en 1672, se dresse au sommet d’un ancien site sacré associé aux légendes du Yeun Elez, considéré dans la tradition comme une porte vers « l’autre monde ».
Durant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands installent ici un dispositif de radioguidage aérien dont quelques vestiges persistent. Plus bas, le lac Saint-Michel, créé en 1937, sert plus tard au refroidissement de la centrale de Brennilis.
En 2022, un violent incendie ravage plus de 2 200 hectares de landes. La végétation – bruyères, ajoncs, sphaignes et droséras carnivores – reprend peu à peu possession du terrain.

Pointe du Raz : granit, courants et mémoire de mer

Sur la pointe du Raz, les falaises plongent vers les tourbillons du raz de Sein, réputé pour ses courants imprévisibles. Le secteur recense de nombreux naufrages, ce qui motive la construction du phare de la Vieille (1881–1887) puis d’Ar-Men (1867–1881).
L’horizon porte l’île de Sein, dont les habitants s’illustrent en juin 1940 en rejoignant massivement la France libre. Le site, classé Grand Site de France, reste un espace de landes battues et de falaises fréquentées par faucons et océanites.

Ed grelotte, Hub’ l’enfile dans sa veste comme une maman kangourou, tout le monde repart au chaud.

Pointe de Trévignon : batterie de Vauban, château privé et base SNSM

À la pointe de Trévignon, une batterie est construite vers 1695 sous Vauban. À la fin du XIXe siècle, un propriétaire édifie le petit « château » qui domine la jetée ; l’édifice brûle en 1944, mais sa silhouette demeure toujours.

Juste à côté, la base SNSM déploie ses moyens de sauvetage : bénévoles formés, astreintes en saison, interventions sur naufrages, recherche de personnes tombées à l’eau ou assistance aux plaisanciers. L’endroit s’anime fréquemment lorsque les conditions météo se gâtent, comme aujourd’hui.
Mais en Bretagne, il faut beau plusieurs fois par jour, et un arc-en-ciel se dessine à travers les grains.

Pointe de Beg Meil : granit sculpté, vasques naturelles et pins littoraux

À Beg Meil, les rochers en granite forment des vasques idéales pour observer crevettes, petits crabes et coquillages après la marée. Le sable blanc illumine le paysage tandis que les pins maritimes ombragent une grande partie du sentier côtier.

La promenade serpente entre blocs ronds, plages abritées et petites criques ; à marée basse, l’endroit devient un terrain de jeu pour naturalistes en herbe. Une ambiance douce, parfaite pour profiter entre deux grains.

Locronan : pavés médiévaux et artisans

Le détour par Locronan permet de remonter le temps. Le village, dont l’essor commence au XVe siècle, s’enrichit grâce au tissage des toiles de voiles. Ses maisons en granite bleu, parfaitement conservées, entourent la place centrale dominée par l’église Saint-Ronan, commencée au XVe siècle et dotée d’un magnifique porche gothique.

Les ruelles abritent des artisans : souffleurs de verre, créateurs de bijoux, ateliers de tissage. La tradition du Troménie (procession religieuse très ancienne) rythme encore la vie locale. On flâne, on photographie les enseignes en fer forgé, on goûte une pâtisserie… A visiter en hors saison, sinon c’est ambiance Disneyland.

Île de Groix : schistes bleus et clocher unique

Une traversée de 45 min depuis Lorient mène au port Tudy sur l’île de Groix.

En arrivant, difficile de ne pas imaginer l’époque où les quais résonnaient du bruit des caisses de thon et des conversations de marins tannés par le vent. Un fumoir invite à la dégustation dès notre arrivée.

À la fin du XIXᵉ siècle et jusque dans les années 1950, Groix devient le premier port thonier de France : plus de 300 dundees — ces voiliers élancés à deux mâts — partent chaque saison vers l’Atlantique Nord, leurs voiles ocre visibles de loin. Les armements groisillons arpentent le golfe de Gascogne, les Açores, et rapportent chaque automne des cargaisons entières de thon blanc, qui font vivre l’île tout entière.

Au cœur du bourg, le clocher de l’église Saint-Tudy rappelle cette histoire : il porte au sommet un thon en métal, installée à la place traditionnelle d’une croix. Cette coiffe insolite, visible depuis la mer, servait autant de symbole que de repère aux marins rentrant de campagne. Une tradition dit même que les femmes de Groix scrutaient la boule brillante pour deviner si les thoniers approchaient.

Aujourd’hui, quelques maquettes de dundees ornent encore les cafés du port Tudy, et certaines fêtes maritimes remettent à l’honneur les voiles anciennes. Nous, on va déguster une crêpe à la bien nommée Crêperie des îles.

Le sentier côtier dévoile des plages de sable blanc, des affleurements de schistes bleus et d’éclogites rares. D’une superficie de 8km de long par 3 km de large, on peut prendre le temps de parcourir l’île à pied, mais à vélo, c’est plus simple et plus rapide ! Vous avez la possibilité d’en louer dès votre arrivée sur le port.

Une farandole de fous de Bassan, de goélands marins et de cormorans nous raccompagnent sur la traversée de retour à Lorient.

Après cette virée bretonne, retour au soleil à la maison, rentrez avec nous en Occitanie !

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