Ko Libong : île perdue et dugongs

Auteur : Pauline & Hubert

Publié le : 19/01/2026


De Koh Lanta à Koh Libong : abandon des foules, cap vers une île peu connue

Après Koh Lanta, direction Koh Libong. L’itinéraire quitte les plages touristiques pour s’orienter vers Ko Libong, au large de la province de Trang. L’objectif est simple : observer des dugongs.

On embarque à Saladan Pier pour deux heures de navigation. Le départ s’effectue au milieu de la mangrove de Koh Lanta, dans une eau chargée et sombre. Peu à peu, la mer s’éclaircit, jusqu’à devenir franchement turquoise à l’approche de Ko Ngai. Mais, à mesure que le bateau se rapproche du continent, la teinte de l’eau bascule de nouveau. En l’espace d’un quart d’heure, le bleu disparaît, remplacé par un brun dense et opaque. Même soleil, même mer, mais un milieu radicalement différent : sédiments remis en suspension, particules fines issues des zones estuariennes, matière organique drainée par les mangroves. Le contraste est brutal, la visibilité chute et l’enthousiasme d’Hubert aussi.

Ko Libong ne joue pas la carte du lagon. On est là pour les mangroves et les herbiers qui normalement hébergent le mammifère marin le plus placide de la mer d’Andaman… On croise les doigts pour observer des dugongs ! Mais, restez jusqu’au bout, l’île réserve de belle surprises de sable blanc !

L’île de Ko Libong : géographie et logisitique

Ko Libong, la préservée

Ko Libong figure parmi les grandes îles de la province de Trang. Sa superficie dépasse les trente kilomètres carrés, pour une population d’environ 3500 habitants. Le relief est modeste, sans sommet marqué, laissant place à de vastes zones côtières peu profondes. Ici, la mer avance et se retire quotidiennement, découvrant de larges vasières riches en matière organique.

Ces caractéristiques expliquent la présence historique d’importants herbiers marins et l’intérêt écologique de l’île pour les dugongs, dont l’alimentation dépend presque exclusivement de ces prairies sous-marines.

Vous trouverez donc sur l’île :

  • des zones de mangroves, vaseuses mais pleine de vie pour les obsevrations naturalistes,
  • mais aussi de grandes plages de sable blanc pour des photos de carte postales et des moments farnientes,
  • sans oublier la jungle au cœur de l’île abritant singes, écureuils et oiseaux…

L’île est préservée du tourisme, la population parle peu anglais (merci Google trad !) et les pancartes sont seulement écrites en thaï. Si vous ne maitrisez pas la langue thaï, assurez vous d’avoir votre téléphone chargé, il va vous faciliter grandement la vie !

Une petite île, trois villages bien différents

L’arrivée en speedboat s’effectue à Ban Phrao Pier, unique point d’accès maritime. Nous sommes seulement 5 passagers à nous arrêter à Koh Libong, les autres continuent leur navigation jusqu’à Koh Lipe.

À peine débarqués, des scooters fixés à des caisses à savons, tous conduits par des femmes, attendent pour nous emmener vers les hébergements. Sur le nôtre, le compteur de vitesse ne fonctionne plus depuis longtemps. La conductrice, hijab au vent et sourire constant, ne semble pas considérer cette information comme essentielle.

L’île mesure 8km du nord au sud et 9km d’est en ouest. La route pavée serpente entre mangrove, maisons basses et habitations sur pilotis. Aucun véhicule à quatre roues ne circule sur l’île.

De nombreux villages de pêcheurs musulmans se sont établis ici. Les 3 principaux villages sur Koh-Libong sont :

  • Maphrao, celui où vous débarquez, au nord de l’île,
  • Lang Khao, à l’ouest de l’île, pour profiter de beaux couchers de soleil sur une plage de sable blanc presque déserte,
  • Batu, le plus grand de l’île, au sud. C’est ici qu’il y a une tour de guet à 700 mètres de la côte, qui domine les prairies sous-marines et permet d’observer les dugongs. Vous pensez bien qu’on a choisi celui-ci !

Dans chacun des 3 villages, vous trouverez quelques petits restaurants locaux et un loueur de scooters. Les routes sont en super état, goudronnées et le trafic réduit rendent la conduite simple.

Le trajet est très agréable, la végétation est luxuriante. Des « hellos » et « sawadiha » nous sont lancés par les habitants que l’on croise, de partout. En une dizaine de minutes, le tuk-tuk rejoint Batu, le village de pêcheurs au sud.

Où dormir ?

Le village Ban Batu est composé de maisons sur pilotis. Les longtails boats sont attachés directement aux terrasses, qui font face à l’Océan. Notre hébergement ระเบียงเลเกาะลิบง โฮมสเตย์ est tenu par un jeune homme qui ne parle pas un mot d’anglais.

La chambre ouvre sur un balcon donnant sur le port. Le cadre est paisible, les bateaux reposent dans la vase, immobilisés sur un fond brun parcouru de milliers de petites bulles. Dans ces sédiments riches en matière organique, la fermentation anaérobie libère lentement des gaz qui s’échappent à la surface, produisant un discret crépitement constant. Le logement est typique, nous on adore ça. De nombreux oiseaux viennent s’alimenter en farfouillant dans la vase !

Le petit déjeuner est inclus et gargantuesque, mais local et composé majoritairement de poulet !

Mais si vous préférez un cadre plus romantique, on vous conseille de choisir un hébergement dans le village à l’ouest. Vous pourrez profiter de beaux couchers de soleil et d’une immense plage de sable blanc idyllique.

Où manger ?

Attendez vous à manger des spécialités locales ici ! Pas de burgers, pas de pizzas, mais des salades de papayes, du riz, des rotis et du poissons frais ou séchés, pour les plus aventuriers.

Nous avons testé les restaurants suivants :

  • chez Neeny : soupe de légumes, salade de papaye, pad thaï… et ambiance détendue entre femmes qui s’essayent à quelques mots de français en s’écroulant de rire. Le téléphone du restaurant sonne : le réceptionniste de l’hôtel a appris que nous étions dans ce restaurant et s’assure que tout va bien pour nous. Etant donné le nombre réduit de touristes sur l’île, on fait l’attraction sur l’île et on dit adieu à l’anonymat !
  • Ja Nhai Seafood : restaurant spécialisé dans les produits de la mer. Réservez dans la journée si vous voulez en manger, les poissons sont frais du jour. Sinon, pas d’inquiétude, il y a aura toujours du riz (155 baths l’assiette) ! La propriétaire fait le service, son mari est en cuisine. Très sympathique, elle est engagée dans la protection animale et a monté un réseau de sauvetage des chiens et chats sur l’île. Les tensions culturelles locales entre animistes, bouddhistes et musulmans apparaissent en filigrane,…
  • โรตี บ้านบังแอ เกาะลิบง : C’est un café qui propose d’excellents rotis (pancakes thaï) sucrés ou salés.

Tour de guet et dugongs, loupé !

A 700 mètres de la côte, une tour d’observation de cinq étages se dresse sur l’eau, reliée au village par un long ponton. Elle permettait, il y a encore quelques années, d’observer les dugongs lorsque les conditions étaient favorables.

Les dugongs fréquentaient Ko Libong en raison des herbiers marins qui entouraient l’île. Ces habitats figurent parmi les plus importants de Thaïlande. Mais, les discussions avec les locaux convergent vers le même constat : le nombre d’individus s’est réduit à peau de chagrin. Il lie leur déclin au réchauffement de l’eau et à la disparition progressive des herbiers.

Un épicier évoque la présence de deux dugongs encore observés près de l’embarcadère; mais les tentatives d’organiser une sortie dédiée restent vaines. Aucun enthousiasme pour promettre une observation aléatoire.

Le soir venu, la tour est un lieu de rassemblement pour les adolescents du village. Les scooters vont et viennent sur le ponton, chargés d’adolescents. Nous ne jouons pas les troubles fêtes et leur laissons quartier libre.

Le vent se lève. Les pêcheurs, eux, surveillent leurs bateaux et doublent les amarres. Les bateaux ballottent dans une eau trouble et agitée. Le retour à l’hôtel se fait au rythme du ressac.

Mangrove nord, une biodiversité riche

Le lendemain, on file vers la mangrove au nord, accessible par un chemin qui dessert le Koh Libong Surise Homestay. La route traverse une décharge qui se consume lentement, dégageant une odeur persistante. Un chien fouille les déchets, craintif.

Le paysage alterne plantations et zones humides. Des anacardiers, des palmiers à huile et des arbres à caoutchouc bordent la route. Plus près de l’eau apparaissent des Rhododendrons de Malabar aux fleurs roses, des Gardenias de bord de mer, et des souchets occupant les sols les plus humides.

La mangrove se structure en étages. La partie haute, moins fréquemment inondée, cède progressivement la place à une mangrove submergée au rythme des marées. Les tamariniers stabilisent la dune sableuse qui sépare ces deux milieux. La mangrove grouille de vie : Loriot de Chine, Couturière rousse, Milan sacré et petits crabes…

Jungle : attentes et déceptions

Après la mangrove, nous allons explorer la jungle au nord-est de l’île. La route longe la côte, quelques sentiers permettent d’accéder aux plages à l’ouest ou de s’enfoncer dans la jungle à l’est. Nous posons le scooter et en choissosns un au hasard. Je scrute la canopée tandis qu’Hubert s’émerveille de la flore. Un bruit sourd de branches rompues résonne soudain. L’espoir immédiat se porte vers une troupe de Semnopithèques obscurs. Ces singes ont une frimousse particulièrement mignonne avec leurs yeux entourés de lunettes blanches.

L’attente s’installe. Le silence aussi. Un écureuil surgit finalement et disparaît dans un fracas de feuillage. La jungle conservera ses primates hors de vue.

Plages désertes de carte postale

Le soleil baisse, il devient possible de profiter de la plage sans rôtir. On en profite donc pour se balader sur la grande plage de Tung Ya Kha Beach. Nous sommes seuls au monde, sur cette plage de 2 kilomètres de long. On se baigne dans une eau à 30°C et profitons de l’ombre des Pandanus, c’est la paradis !

A un kilomètre au nord, deux autres plages, plus petites, mais avec de beaux cailloux, particulièrement photogéniques se succèdent :

  • Toh Gae waterfall, où, comme son nom l’indique, une cascade dévale la roche jusqu’à la plage,
  • Stone Bridge, où une formation géologique à créer un petit pont naturel au-dessus de l’océan.

Au coucher du soleil, nous rejoignons le village de Lang Khao. Le coucher de soleil s’observe depuis la plage située près de l’Andalay Beach Resort. Le soleil disparaît derrière un ilet proche, projetant une lumière rasante sur le petit port.

Ne manquez pas non plus le point de vue à Thuad Cape tout au sud de l’île. Vous pourrez vous baigner à Panyang Beach, juste à côté. La jungle est dense en arrière-plan, et il n’y a personne !

Koh Libong, une belle découverte !

Koh Libong nous a fait vivre un vrai ascenseur émotionnel : de l’excitation de pouvoir voir des dugongs, en passant par la perplexité due à l’eau trouble, puis à la déception de l’absence de dugongs, pour finir par l’émerveillement de la vie dans la mangrove et le bonheur de la farniente sur de magnifiques plages de cartes postales, ce fut court, mais riches en émotions ! Sans parler des habitants d’une extrême gentillesse, et de la possibilité de découvrir une ile authentique sans tourisme… Koh Libong fut pour moi la plus belle découverte de ce voyage.

Mais l’appel des poissons revient… Hubert a repéré les eaux turquoises de Koh Ngai lors du trajet en speed boat pour venir à Koh Libong. De mon côté, je pensais plutôt continuer à descendre vers le parc national de Ko Tarutao (65km plus au sud), également très préservé du tourisme grâce à des accès limités à demander en avance aux gardes forestiers. Hubert aura gain de cause. Nous repartons donc pour l’île de Ko Ngai à 25km au nord.

Le jeune de l’hôtel nous ramène gratuitement jusqu’à Ban Phrao Pier. Le speedboat arrive avec une heure de retard. Un vent d’est s’est installé. La mer est démontée au large. Le bateau longe davantage le continent afin de limiter la houle.

Ko Libong s’éloigne progressivement. Devant, Ko Ngai se dévoile, avec ses eaux translucides repérées à l’aller. Pour la suite du voyage à Koh Ngai, c’est par ici !

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