Le Teide, toit de l’Espagne à Tenerife

Auteur : Pauline & Hubert

Publié le : 08/01/2026


Après la Montagne Jaune, la Montagne Rouge, et les paysages côtiers du sud de Tenerife, on prend de la hauteur. Direction les volcans, encore actifs, dont le Teide est la pièce maîtresse.

Le Teide, toit de l’Espagne

Etape incontournable de Tenerife : le Teide, point culminant de l’Espagne avec ses 3 718 mètres. C’est un stratovolcan actif, formé il y a environ 170 000 ans, après l’effondrement d’un édifice volcanique encore plus massif. Sa dernière éruption remonte à 1909, au volcan Chinyero, situé juste à côté.
Depuis, l’activité est surveillée en permanence : sismicité, dégazage, déformations du sol.

Initialement, on voulait monter de nuit, à pied, jusqu’au sommet. Jusqu’à début 2025, c’était possible sans autorisation. Ce n’est plus le cas.
L’accès est désormais strictement régulé via le site Tenerife On. Le nombre de visiteurs est limité à 250 personnes par tranche de trois heures, et seulement 50 personnes sont autorisées à atteindre réellement le sommet sur les derniers 200 mètres.
On est en décembre. On attend la météo, on surveille la neige, on espère une fenêtre. Résultat : plus de place. Plan B : Voiture, puis téléphérique.

La couronne forestière : une pinède adaptée au feu

La montée commence dans la couronne forestière, une immense pinède dominée par le pin canarien (Pinus canariensis). C’est un pin endémique, parfaitement adapté au feu. Son écorce épaisse protège le tronc, et il est capable de repousser après un incendie.

Ces forêts abritent notamment le Grand Corbeau des Canaries, une sous-espèce endémique, légèrement plus petite que son équivalent continental, avec un bec un peu moins massif.

L’archipel accueille environ 88 espèces d’oiseaux nicheurs, auxquelles s’ajoutent de nombreuses espèces migratrices ou de passage. Au total, plus de 300 espèces peuvent être observées au fil des saisons.

Parmi elles, quatre espèces sont strictement endémiques des Canaries :
le pinson bleu, les deux pigeons des laurisylves, et le tarier des Canaries (présent uniquement à Fuerteventura). On peut aussi citer le roitelet de Tenerife et le pouillot des Canaries.
S’ajoutent une trentaine de sous-espèces endémiques, comme le grand corbeau, le rouge-gorge ou le pic épeiche. On ouvre l’œil.

Un paysage minéral en altitude

On arrive au pied du Teide dans un paysage entièrement minéral : coulées de lave figées, scories, bombes volcaniques…
Le téléphérique permet de prendre 1 200 mètres de dénivelé en moins de dix minutes. La végétation disparaît progressivement. Nous voilà à 3 550 mètres.

Il reste encore 160 mètres de dénivelé pour atteindre le sommet, mais sans autorisation, on s’arrête là. Le temps est compté : une heure maximum sur les plateformes, pour limiter l’impact humain.
La vue est saisissante. Le vent aussi. Le froid également. Il y a de la neige par endroits. Une mer de nuages recouvre l’île, seuls émergent les sommets secondaires.

Depuis le point de vue de La Fortaleza, on prend vraiment la mesure du Teide. Jusqu’au XIXᵉ siècle, il était encore plus imposant. Une longue éruption explosive a provoqué l’effondrement d’une partie du volcan, donnant naissance à la caldeira de Las Cañadas, à l’origine du surnom d’« île tronquée ».

Lors de cet épisode, des laves noires très riches en obsidienne ont été émises. Cette lave, riche en silice, refroidit très vite et forme du verre, sans cristaux. Certaines coulées atteignent plus de 200 mètres d’épaisseur et participent à la formation du cône actuel.

Faune et Flore d’altitude

Sur le mirador de la Fortaleza, une petite silhouette s’approche. Le Pipit de Berthelot, espèce endémique de Macaronésie. On ne le trouve que sur les Canaries et à Madère. Discret, parfaitement adapté aux milieux ouverts et volcaniques, il se nourrit surtout d’insectes et de graines. Ici, il inspecte aussi sans complexe les miettes laissées par les visiteurs.

L’activité volcanique ne s’est jamais totalement arrêtée. Les fumerolles en sont la preuve. L’eau de pluie s’infiltre, se réchauffe en profondeur, puis remonte chargée de gaz soufrés. En se condensant, ces gaz déposent de petits cristaux jaunes bien visibles sur la roche.

À plus de 3 700 mètres, les conditions sont extrêmes. Froid, vent, fort rayonnement solaire. Pourtant, certaines espèces s’adaptent. Des plantes endémiques, comme Gnaphalium teydeum, profitent de la chaleur et de l’humidité locales pour survivre à proximité des fumerolles.

Des stations scientifiques mesurent en permanence les émissions de gaz et la température du sol. Même si on ne le ressent pas, le sol sous nos pieds est en vibration constante. Eau souterraine, gaz, magma, vent, houle, activité humaine : tout contribue à faire vibrer l’édifice volcanique. Ces signaux sont enregistrés par des sismographes et permettent de mieux comprendre la structure interne du volcan.

Ça vaut le coup de monter là-haut, mais soyez bien équipés, et préférez une ascension tôt le matin. Pour nous, c’était limite.

Descente et culture guanche

Le froid finit par gagner. Une heure, finalement, c’était suffisant. On redescend. La sortie du téléphérique passe par un petit musée consacré aux Guanche, les habitants autochtones de Tenerife avant la conquête espagnole au XVe siècle.

D’origine berbère nord-africaine, ils arrivent sur l’île au premier millénaire avant notre ère, puis vivent en isolement pendant plus de mille ans. Cet isolement entraîne des traits culturels et biologiques propres à chaque île.
Ils vivaient principalement d’élevage, de cueillette et de pêche côtière, dans des constructions de pierres sèches ou des grottes, nombreuses à cause des formations volcaniques.
La momification des morts est l’un des aspects les plus marquants de leur culture. Les corps étaient embaumés avec des graisses végétales et animales, enveloppés dans des peaux, puis déposés dans des grottes funéraires.
Le Teide était un lieu sacré, considéré comme la demeure de forces surnaturelles. Les éruptions et les phénomènes volcaniques étaient interprétés comme des manifestations divines.

Balade sur la Montaña Blanca

On poursuit la journée du côté de la Montaña Blanca, depuis les Mines de San José.
C’est un ancien cône volcanique explosif, composé de ponces claires et de cendres. Sa couleur presque blanche vient de la forte teneur en silice des dépôts, issus d’éruptions très riches en gaz. Ces matériaux légers contrastent fortement avec les basaltes noirs.

On observe la scabieuse du Teide (Pterocephalus lasiospermus), aussi appelée la Rose du sommet. Cette plante endémique forme des buissons pouvant atteindre un mètre de haut. Elle a bénéficié de la création du parc national, qui a permis de limiter la pâture du bétail.

Roques de Garcia, décor de western

Le retour se fait par les Roques de García. Ces formations sont les vestiges d’un ancien édifice volcanique mis à nu par l’érosion différentielle. Le vent, les variations thermiques et le gel ont lentement sculpté ces colonnes et ces formes étranges. On marche littéralement à l’intérieur d’un volcan effondré, au cœur de la caldeira de Las Cañadas, dans un décor de western.
Un peu plus loin, certaines roches prennent une teinte verdâtre. Elles sont le résultat d’une altération hydrothermale : la chaleur, les gaz et l’eau ont transformé les basaltes en minéraux argileux riches en fer, comme la nontronite, donnant cette couleur vert olive.

Le Teide paraît sec et minéral, mais l’eau n’est jamais totalement absente. Elle apparaît sous forme de zones humides très localisées, souvent temporaires, liées à la pluie, à la neige et surtout à la mer de nuages apportée par les alizés.
Ces micro-habitats suffisent à maintenir la vie de mousses, d’insectes et de plantes endémiques parfaitement adaptées à l’altitude.
La vipérine du Teide, par exemple, est strictement liée aux hautes altitudes du parc, entre 1 800 et 2 400 mètres. Elle adopte un cycle bisannuel : une première année sous forme de rosette argentée, puis une seconde année avec une inflorescence spectaculaire pouvant dépasser deux mètres.

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